Activites


Election Présidentielle Anticipée en Guinée Bissau

Rapport du 1er tour du 28 juin 2009
Date : 28 juin 2009
Lieu : Bissau
Partenaires : Ligue Bissau Guinéenne, Raddho, Friedrich Ebert Stiftung

ELECTIONS PRESIDENTIELLES EN GUINNE BISSAU

La Guinée Bissau a voté le 28 juin dans la sérénité

Contexte : Les 25 et 26 mai 2009, la Fondation Friedrich Ebert (Bureau du Sénégal) ? en partenariat avec la RADDHO et la Ligue Bissau Guinéenne des Droits de l’Homme (LGDH), a organisée une Conférence sur le Dialogue National en Guinée Bissau. En effet, depuis bien longtemps, la vie politique de ce pays est caractérisée par une instabilité politique et institutionnelle dramatique faisant de pays un risque sécuritaire majeur pour lui-même et pour les pays de cette partie de l’Afrique.

La conférence, a été décidée et comprise comme un préalable utile, à l’organisation et à la tenue dans un climat apaisé, des élections présidentielles du 28 juin 2009. Tout le monde convient que la faillite politique et institutionnelle de la Guinée-Bissau, le trafic de drogue et des armes, la récurrence des assassinats et de la violence politique, constituent clairement un grave risque sécuritaire évident pour toute la région. L’incertitude politique qui pointe à Conakry, la rébellion séparatiste en Casamance et la fragilité du régime autoritaire de la Gambie voisine, inquiètent les experts et les observateurs de la région.

Que faire pour aider la Guinée-Bissau, ce pays sans Etat à se bâtir un avenir crédible et maintenir la paix dans la région ? Les élections présidentielles sont planifiées pour le 28 juin 2009. Dans tout le pays, l’atmosphère politique très tendue depuis l’assassinat au début du mois de mars du Chef d’Etat Major Général des Armées et du Président de la République.

C’est dans ce contexte que le bureau du Sénégal de la Fondation Friedrich Ebert qui a effectué au préalable une mission de contact à Bissau, a accepté, à la demande de la RADDHO en partenariat avec la Ligue Bissau Guinéenne des Droits de l’Homme, d’appuyer l’organisation et la tenue d’une importante Conférence sur la Dialogue national à Bissau les 25 et 26 mai 2009.

Sans naïveté ni optimisme démesuré, le résultat attendu de cette initiative de Conférence est clairement de provoquer pour la première fois une sorte « d’arbre à palabres », un espace de rencontre et de débat ouvert à toutes les composantes de la vie publique en Guinée-Bissau. Cette idée de conférence sur le dialogue au niveau national, a été très bien accueillie et appuyée par la grande majorité des leaders politiques et militaires, administratifs et religieux, les intellectuels, les diplomates et les leaders de la société civile. Les travaux sont axés sur :

• Dialogue civil-militaire comme instrument de prévention et de gestion de conflit

• Facteurs d’étranglement sur la gestion du pouvoir et promotion d’un système intégré des Droits de l’Homme en Guinée-Bissau : quelles solutions ?

• Impact de la modernisation et de la professionnalisation du secteur de la défense et de la sécurité : quels critères pour le futur recrutement ?

• Contributions des pouvoirs traditionnels/coutumiers dans la résolution des conflits

Chacune des ces importantes communications d’experts, ont donné lieu à des débats francs et ouverts avec la participation confiante de tous. A la fin des travaux, une Déclaration de Bissau a été élaborée, lue et approuvée après amendements des participants. Ce document, fruit des travaux de la Conférence contient ainsi les recommandations des participants pour l’émergence d’une véritable culture démocratique fiable et durable en Guinée-Bissau

La conférence a contribué à apaiser les esprits et aidé à l’émergence d’un climat politique favorable à l’organisation d’une compétition électorale présidentielle. Elle a ouvert aussi une opportunité à la réflexion pour identifier des niches pertinentes d’actions pour aider la Guinée-Bissau à se doter d’un Etat démocratique avec des institutions fiables et fonctionnelles.

La campagne électorale se déroule dans un climat de tension et de violence politique. En effet, M. Baciro Dabo, candidat aux élections présidentielles du 28 juin prochain est assassiné par des militaires le 05 juin 2009. Cet homme politique avait démissionné de son poste de Ministre de l’Administration Territoriale à la mi-mai 2009 et il avait quitté le parti majoritaire pour se présenter en tant qu’indépendant, au scrutin présidentiel de la fin de ce mois. Il était souvent cité dans l’opinion publique, au même niveau que son concurrent M. Malam Bacai Sanhá, comme un des candidats qui avaient des chances réelles de gagner la compétition électorale présidentielle.

Un autre leader politique du pays, Helder Proença, ancien Ministre de la Défense a, lui aussi, été abattu. Il est mort par balles avec son chauffeur, un garde du corps selon les responsables de la Ligue Bissau Guinéenne des Droits de l’Homme..

L’ancien Premier Ministre Faustino Imbali est arrêté et détenu dans les installations de État Major des Forces Armées.

Des rumeurs de putsch militaire circulent. La peur et la crainte s’installent dans le pays. Des leaders politiques ou d’opinion se cachent ou fuient précipitamment le pays par crainte pour leur sécurité. Le contexte politique est tendu et incertain. E pourtant, le Président par intérim maintient la date des élections présidentielles pour le 28 juin comme prévu.

Type d’actions menées : C’est dans ce contexte et à cette volonté émergente publiquement exprimée par els acteurs politiques nationaux et internationaux de la nécessité de bâtir et de consolider un Etat crédible, disposant d’institutions démocratiques fonctionnelles en Guinée Bissau, que la Fondation Friedrich Ebert (Bureau du Sénégal) s’est fermement engagée à apporter son concours. Concrètement, ce concours est illustré et concerne :

 L’Appui à la campagne de sensibilisation à la démocratie électorale et éducation civique, conduite par la Ligue Bissau Guinéenne des Droits de l’Homme (LGDH) au cours de la campagne les élections présidentielles du 28 juin

 Appui et envoi d’experts observateurs de la Rencontre Africaine des Droits de l’Homme (RADDHO) du déroulement du premier tour des élections présidentielles du 28 juin

1. Le travail de la Ligue Bissau Guinéenne des Droits de l’Homme :

Les textes constitutionnels et réglementaires de la Guinée Bissau interdisent à ses citoyens d’exercer officiellement l’activité d’observateurs d’élections dans le pays. Aussi, les actions conduites par la Ligue Bissau Guinéenne des Droits de l’Homme dans le cadre du premier tour de la compétition électorale présidentielle se résument essentiellement par :

 Sensibilisation des citoyens électeurs (la population électorale) sur l’importance du droit et du devoir de vote démocratique dans la vie publique nationale

 Conception et diffusion de spots et programmes radiophoniques d’explication du processus électoral (carte d’électeur, le parti politique, la liberté de choix, égalité des citoyens dans le vote, le principe d’une personne-une voix, la tolérance politique, la transparence électorale, les dangers et risques des alliances à caractère technique ou régionalistes, etc..)

 Suivi (et non pas surveillance) du scrutin sur le terrain

Sur le terrain, la Ligue Bissau Guinéenne des Droits de l’Homme a mobilisé d’un côté une équipe de 30 personnes pour la « Sensibilisation des électeurs à la démocratie électorale, éducation civique et de l’autre, une équipe de 40 collaborateurs pour le suivi électoral.

Tout ce qui précède, constitue le fondement de cette activité dont l’objectif est de contribuer à la promotion et à l’exercice de la démocratie et de la citoyenneté de manière à créer les conditions de l’exercice du libre-choix et de la liberté d’expression politique du citoyen en guinée Bissau. L’Objectif spécifique étant de :  Sensibiliser les citoyens sur l’exercice démocratique et le devoir du citoyen.  Promotion des participations de participation de citoyens dans le processus électoral.  combattre la tentation à l´abstention lors du vote

Résultats attendus  Les citoyens sont sensibilisés sur l’exercice démocratique et le devoir du citoyen.  Participation massive des citoyens dans le processus électoral

Indicateurs  10 Spots diffusés sur 05 radios de la capitale et à l’intérieur du pays ;  des programmes radiophoniques réalisés sur les ondes de 4 radios, en raison d’un programme chaque semaine dans chaque radio durant 45mn.  X% des citoyens électeurs sensibilisés.

Les contenus des spots, communiqués et des émissions radiophoniques ont été élaborés en étroite collaboration avec la Commission Nationale des Elections (CNE), à travers son Département charge de l’éducation civique du citoyen. La totalité des actions prévues ont été réalisées avec sérieux par la Ligue Bissau Guinéenne des Droits de l’Homme.

Le travail d’observation de la RADDHO « La RADDHO exprime ses vives remerciements à la Fondation Friedrich Ebert leur partenaire stratégique en Afrique de l’ouest qui a soutenu financièrement cette mission d’observation de l’élection présidentielle »

Carte électorale de la Guinée Bissau lors du scrutin présidentiel du 28 juin 2009 (Source : Raddho, juillet 2009)

Quelques chiffres importants

11 Nombre de candidats (dont une femme) 2 684 Bureaux de vote 13 420 Personnel électoral 600 000 Nombre approximatif d’inscrits 1.6 million Population estimée dans le recensement 5 million $ US Budget estimé de l’élection Présidentielle

Liste des candidats aux l’élections présidentielles du 28 juin 2009

La Guinée-Bissau est en proie à une instabilité politique chronique comptant à son actif treize (13) coups d’Etat ou tentatives de coup d’Etat depuis l’accès de ce pays à la souveraineté internationale.

En effet, ce pays est secoué par une série de crises politiques graves depuis 1984 et un conflit armé en Juin 1998 dont il continue encore à subir les conséquences du fait d’une culture de l‘assassinat comme mode de règlement du contentieux politique fortement ancrée au PAIGC (Parti de l’Indépendance de la Guinée et du Cap Vert).

Les événements récents, qui secouent la Guinée Bissau expliquent la surveillance accrue de la communauté africaine et internationale.

Depuis l’indépendance, les anciens combattants qui ont assuré la libération du pays se croient investi par ce fait d’une légitimité naturelle qui leur confère le droit de faire et de défaire des présidents élus, d’éliminer des hommes politiques ou des chefs d’état majors de l’armée qui ne leur conviennent pas. L’armée constitue un des problèmes majeurs d’un Etat et d’une administration en faillite. Aucun chef d’Etat guinéens ne peut exercer son mandat dans toute sa plénitude sans la bénédiction de l’armée, sans son soutien, sans son alliance. La caractéristique de ce pays c’est que rein ne peut se faire sans l’armée. Or l’armée est fortement malade, fortement affectée par la misère, le manque de moyens matériels et financiers. Pire le taux d’analphabétisme est extrêmement élève dans cette armée pléthorique et n’épargne guère les officiers supérieurs.

C’est dans ce contexte de crise économique, politique et sociale mais aussi par la faillite de l’Etat et de l’Administration que les narcotrafiquants ont trouvé les conditions idéales pour s’installer en Guinée Bissau et en faire un pays de transit pour la drogue dur.

De fortes personnalités politiques et militaires sont soupçonnées d’être impliquées dans ce trafic. Mieux certains observateurs estiment que les narcotrafiquants veulent contrôler le champ politique en Guinée Bissau et ne seraient pas étrangers dans les récents assassinats de personnalités politiques et militaires guinéennes.

Le pays est traversé également par des convulsions qui ont atteint des pics inquiétants avec la guerre civile de 1998 et le double assassinat du Président de la République et du Chef d’état major des armées les 1er et 2 mars 2009 et l’assassinat d’un candidat à la présidentielle le 4 juin dernier. Son parcours historique sanglant en fait un pays où règne l’instabilité politique chronique.

Depuis cette date, la situation des droits de l’homme s’est profondément dégradée avec les assassinats politiques, les tortures, les arrestations et les détentions arbitraires qui font régner un climat de peur. A la veille de l’élection présidentielle du 28 juin 2009 beaucoup de bissau guinéens ont quitté le pays pour se réfugier au Portugal, au Sénégal ou dans les pays voisins. Certains ont quitté leur domicile pour habiter dans des hôtels.   I. LA PERIODE PREELECTORALE

Entre 2000 et 2009, la Guinée Bissau a connu sept (7) élections et six (6) Présidents élus ou intérimaires. Paradoxalement, du fait de cette instabilité politique chronique, la Guinée Bissau connaît une expérience électorale à nulle autre pareille dans la sous région ouest africaine et sur le continent.

L’Election présidentielle du 28 juin 2009 se déroule dans un contexte de grave crise politique et de violence armée annoncée par l’attaque de la résidence du Président Nino Vieyra, le 23 novembre 2008. C’est ainsi que les tensions politiques et militaires ont culminé au double assassinat du Président Nino Vieyra et du Chef d’Etat Major Général des Armées, le Général Tagme Na Wai, le 1er et le 02 mars 2009. Le 04 juin 2009 le candidat à la Présidentielle Bacirou Dabo est assassiné de même que l’ancien Ministre de la Défense Helder Prouença. Président de l’Assemblée Nationale fut assermenté comme Président intérimaire le 03 mars 2009.

La Constitution prévoit que dans ces conditions, des élections sont tenues dans les soixante jours suivant la prestation de serment du Président intérimaire, ce qui n’est pas conforme avec la loi électorale.

Une crise constitutionnelle a été évitée suite à des concertations politiques entre le Président intérimaire et les partis politiques , les membres du parlement et la société civile. Ces discussions ont abouti à un large consensus le 31 mars pour une prolongation à 120 jours du mandat du Président intérimaire . C’est à partir de ce moment que le Président intérimaire a décrété que les élections présidentielles anticipées seraient tenues le 28 juin 2009.

Cette période pré électorale est marquée par le double assassinat d’un des 13 candidats à la présidence et ancien ministre de l’administration territoriale , Baciru Dabo, et d’un Ministre de la Défense, Helder Prouença. Les deux étaient des parlementaires issus du PAIGC. Ces incidents se sont passés la veille de l’ouverture de la campagne électorale qui sera finalement retardée jusqu’au 09 juin 2009.

Durant cette période trouble la RADDHO en partenariat avec La Fondation F.Ebert a effectuer plusieurs missions en Guinée Bissau pour accompagner le processus en facilitant le dialogue politique entre les acteurs politiques ,de la sociétés civiles,les militaires le patronat et les chefs traditionnels. C’est ainsi qu’elle a organisé un dialogue politique national réunissant les autorités publiques, les partis politiques, l’armée, la société civile et les chefs religieux et traditionnels afin de créer les conditions propices à des élections libres, transparentes et apaisées les 25 et 26 mai à Bissau.

II. LA CAMPAGNE ELECTORALE

La mission de la RADDHO a suivi la campagne électorale qui s’est déroulée dans un climat bon enfant et carnavalesque. Aucun incident n’a été noté durant cette période aussi bien au niveau du discours que des manifestations. La délégation de la RADDHO a, comme à l’accoutumée, procédé à quelques rencontres avec les acteurs et les leaders de partis.

2.1. Rencontre avec les acteurs du processus electoral

La délégation de la RADDHO a eu à rencontrer plusieurs acteurs du processus électoral et de la société civile en Guinée Bissau.

2.1.1. Rencontre avec le Président de la CNE

La délégation de la RADDHO a rendu visite à Monsieur Desejado Lima Da COSTA, président de la Commission Nationale Electorale qui a fait un état des lieux du processus.

Pour lui l’élection présidentielle anticipée se déroule dans un contexte particulier avec : • L’Assassinat du Président Nino Vieira et du Général Tagmé Na Waï ; • L’Assassinat du candidat Baciru Dabo ; • Les Caisses de la CNE totalement vides ; • Les graves questions de paix, de sécurité et de stabilité se posent avec beaucoup d’acuité.

Les mesures prises

Financières : Saisine et sensibilisation de la communauté africaine et internationale pour boucler le budget ;

Sécuritaire : • Mise en place d’un dispositif sécuritaire constitué d’une force mixte (police, gardes frontières, armée) placée sous l’autorité directe du Président de la CNE. Cette force mixte est composée de 3998 éléments dont 1998 policiers et 1000 militaires ; • Sensibilisation accrue pour assurer une sécurité émotionnelle, pour une campagne sans violences et le retour de la confiance des citoyens ;

Libre circulation : des permis de circuler sont établis pour permettre aux observateurs de faire leur travail.

Sensibilisation • Consensus des partis politiques sur la date de l’élection ; • Signature d’un code de bonne conduite par les partis, garantissant la reconnaissance ou l’acceptation du verdict des urnes ; • Formation des représentants des partis politiques ; • Campagne de sensibilisation des électeurs aux procédures de vote.

2.1.2. L’UNOGBIS

La RADDHO a rencontré l’équipe de coordination des élections dirigée par le Canadien, Claude Parent, coordonnateur du processus électoral en Guinée Bissau. Il a décliné le rôle de l’UNOGBIS dans les élections. Il a également confirmé les dispositions sécuritaires prises et la logistique prévue pour l’observation, le déroulement correct des opérations et la sécurité des acteurs.

Le rôle de l’UNOGBIS L’UNOGBIS est chargé de : • coordonner l’observation ; • faciliter les accréditations aux observateurs ; • créer un cadre d’échanges et de partage des informations entre les différentes missions d’observation ; • consolider les plans de déploiements ; • rappeler le code de conduite de l’observation internationale ; • systématiser les dispositifs sécuritaires préventifs et d’intervention en cas de trouble grave.

2.1.3. La logistique L’UNOGBIS a remis aux observateurs le matériel nécessaire pour faciliter le travail : • badges de la CNE ; • tee-shirts et casquettes ; • radio VHF pour chaque équipe ; • radio satellitaire pour les équipes qui sont à un rayon de plus 40 km ; • guide pour l’utilisation des radios.

2.2. Rencontre avec les candidats

Dans la matinée du 27 juin 2009, la délégation de la RADDHO a rencontré les trois principaux candidats et recueilli les réponses qu’ils comptent apporter aux questions essentielles qui intéressent la vie politique, économique et sociale de la Guinée Bissau. Il s’agit notamment de : • l’analyse de la situation des événements socio politiques ; • la construction de la paix, la stabilité et la sécurité ; • la réforme de l’armée ; • la lutte contre l’impunité et les narco trafiquants.

2.2.1. Henrique Rosa Pereira

Les observateurs de la RADDHO en compagnie de M. Henrique Rosa Pereira

Sur l’analyse de la situation du pays Henrique Rosa situe historiquement les difficultés subies par la Guinée Bissau à la Guerre de libération : • Un choc de légitimité entre d’une part, la milice armée (12000 hommes dans le maquis)et d’autre part les hommes politiques élus au suffrage universel ; • A ses militaires fiers d’avoir libéré le pays qui ont intégré la ville sans éducation scolaire ni formation politique et sociale font face des cadres ayant une formation scolaire, sociale et politique du colonisateur portugais . • Une instabilité chronique depuis les indépendances avec son cortège de liquidation physique systématique des cadres, exécution sommaire, fuite de cerveau, tortures, détention arbitraire , impunité , etc. ; • Un climat de violence et de tension quasi permanente entre principalement l’élite politique et militaire ;

Sur la paix et la réconciliation nationale Il prône : • Revaloriser les symboles nationaux ; • Mettre en œuvre une politique conçue pour résoudre les problèmes des anciens combattants ; • Reconnaître le mérite de ces combattants qui ont lutté pour notre liberté (dans son premier magister, il avait recensé et remis un diplôme de reconnaissance aux députés de l’Assemblée nationale constituante qui avait le sentiment d’avoir été oublié).Geste sans contrepartie qui avait été bien apprécié.

Sur la réforme de l’armée • Instaurer un dialogue franc avec l’armée ; • Développer des stratégies pour une réforme endogène et sécurisante avec des garanties pour le militaire ;

• Mettre en œuvre dans les meilleurs délais et de façon soutenable une réforme qui ne dépende pas exclusivement de la communauté internationale.

Sur l’impunité • Mettre en œuvre une réforme judiciaire profonde ; • Construire des prisons : en Guinée Bissau, il n’existe pas de prisons mais des centres de détention. Il est fréquent qu’un juge condamne quelqu’un et le croise dans la rue une semaine après.

Sur les narco trafiquants Pour Henrique Rosa Pereira, la prolifération de la drogue et la multiplication des crimes organisés sont le fruit : • de la fragilité institutionnelle, • de l’étendue de la côte Bissau guinéenne non surveillée, • de l’extrême pauvreté, • de l’implication des hommes politiques et des militaires. La résolution de ce fléau passe nécessairement par le règlement définitif des problèmes qui gangrènent la vie sociale, politique et militaire depuis l’indépendance du pays.

2.2.2. Kumba Yala

Né le 15 mars 1953, le candidat du PRS a mené des études en philosophie, en sciences politiques et juridiques et théologie. En 1982, il est militant du PAIGC, donc à l’âge de 9 ans. Président élu avec 72% des suffrages et ayant dirigé le pays entre 2000 et 2003.

Sur l’analyse de la situation du pays Kumba Yala relève quelques maux qui gangrènent la société : • Les conflits internes au PAIGC minent le fonctionnement correct des institutions étatiques ; • Le déficit de formation scolaire et professionnelle de l’élite politique et militaire ; • L’absence d’institutions crédibles pouvant garantir la confiance des citoyens • La non séparation des pouvoirs et le non respect de la Constitution ; • Les camps militaires vétustes fréquentés par des hommes et des femmes n’ayant pas bénéficié de formation scolaire et militaire solide.

Par rapport aux questions soulevées par la délégation de la RADDHO, Kumba Yala a évoqué son programme et fournit les réponses suivantes : Sur la paix et la réconciliation nationale • Respecter le peuple qui a trop souffert ; • Instaurer un climat de paix et de réconciliation ; • Expliquer aux citoyens les raisons et les besoins de créer de nouvelles institutions crédibles ; • Mettre en avant les valeurs nationales ; • Tourner les pages de l’histoire en laissant le passé aux historiens.

Sur la réforme de l’armée • Construire des camps militaires ; • Former les militaires. Par ailleurs, il s’est dit non favorable à une force d’interposition de la CEDEAO pour la paix car ce serait aliéner la souveraineté de la Guinée Bissau.

Sur l’impunité • Appliquer les lois contre ceux qui sont jugés coupables.

Sur l’acceptation des résultats en cas de défaite, Kumba Yala affirme que sa défaite est inimaginable.

2.2.3. Malam Bacaï Sanha

Sur la paix et la stabilité du pays Concernant la situation d’instabilité chronique de la Guinée Bissau Malam Bacaï préconise les remèdes suivants : • Favoriser le dialogue politico-social par la tenue d’une conférence nationale pour permettre aux acteurs de se parler ; • Mettre en place des institutions démocratiques et crédibles ; • Inaugurer des démarches inclusives ; • Impliquer l’armée dans le dialogue politico-social ; • Organiser une conférence nationale des cadres pour faire la radiographie de l’économie. • favoriser la concertation effective afin de mettre fin à l’instabilité, de promouvoir la législature complète ; • relancer l’économie ; • recréer la confiance.

Sur l’acceptation du verdict des urnes Il est important d’avoir des élections transparentes de sorte que le perdant est privé d’arguments pour contester le verdict des urnes.

Sur la réforme de l’armée • Moderniser l’armée à travers la formation ; • Acquérir des équipements modernes ; • Donner des garanties sociales, matérielles afin que le double cantonnement devienne une réalité ; • Avoir une armée républicaine à l’instar de toutes les démocraties.

Par ailleurs, par rapport à la présence d’une force de dissuasion en Guinée Bissau, Malam Bacaï Sanha affirme que c’est nécessaire mais difficile à réaliser car la Guinée Bissau est dans une situation de ni guerre ni paix et que les citoyens Bissau guinéens les qualifieraient de force d’occupation.

De plus, la force de dissuasion pourrait fragiliser l’armée régulière Bissau guinéenne qui, aux yeux de l’opinion publique nationale passerait pour incapable et incompétente.

L’alternative serait, à travers la coopération, de trouver une bonne formule pour la formation de l’armée Bissau guinéenne en sciences militaires et politiques.

Sur la lutte contre la drogue • Composer un gouvernement sérieux et responsable ; • Mettre en place un programme spécial pour lutter contre les narco trafiquants.

2.3. Rencontre avec la société civile

WANEP La RADDHO s’est rendue au siège du WANEP où elle a rencontré l’ensemble des acteurs de la société civile en pleine réunion pour la préparation du suivi et de la supervision de l’élection présidentielle.